Entretien avec le Pr Mohamed Nasser Samkaoui, président du comité greffe d organes et de tissus humains avec le journal le Matin

Publié le : 28 Octobre 2013 – Propos recueillis par Hajjar El Haiti, LE MATIN

Entretien avec le Pr Mohamed Nasser Samkaoui, président du comité greffe d’organes et de tissus humains, chef du département

«Le don et la greffe d’organes sont un projet de société ayant de multiples facettes»

Depuis 2005, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a institué la Journée mondiale du don d’organes et de la greffe, qui se tient le 17 octobre de chaque année. À cette occasion, le comité greffe d’organes et de tissus humains du CHU Mohammed VI à Marrakech a organisé la semaine dernière une rencontre autour du thème «Tissus humains : un autre aspect de don», dans l’objectif de mettre la lumière sur le don et le prélèvement et la greffe de tissus humains, qui restent encore méconnus du grand public. Dans cet entretien, le professeur Mohamed Nasser Samkaoui, président de ce comité, revient sur ce sujet pour nous rapprocher de la situation du don d’organes et de tissus au Maroc.

Mohamed Nasser Samkaoui

Le Matin : Tout d’abord, parlez-nous de l’importance du don d’organe.

Pr Mohamed Nasser Samkaoui : Le don d’organes est une nécessité pour que les personnes souffrant d’une insuffisance organique terminale puissent continuer à vivre ou améliorer de manière significative leur qualité de vie. Par exemple, pour les personnes qui sont condamnées à faire la dialyse toute leur vie, elles peuvent poursuivre leur vie normalement s’ils trouvent un donneur et font une greffe de rein. Idem pour la cornée, une greffe peut rendre la vue à une personne qui peut avoir perdu tout espoir. Le don d’organes ou de tissus est également un geste de solidarité humaine et sociale et de grande générosité. De nombreux patients attendent avec impatience ce précieux don qui peut leur permettre de changer leur vie ou peut-être même de la sauver.

Est-ce qu’on peut dire qu’au Maroc le don d’organe se développe de manière positive ?
Bien sûr. Aujourd’hui, on peut dire que le don d’organe au Maroc se développe de manière positive, surtout ces dernières années où nous avons palpé une certaine prise de conscience de la part de la société marocaine vis-à-vis du don, notamment après la mort.

Qu’est-ce qui bloque à votre avis ?
Les éléments qui ralentissent le programme à mon sens peuvent se résumer au manque d’appui aux équipes greffeuses, notamment d’ordre logistique, mais aussi de motivation qui n’est pas forcément matérielle. En outre, la sous-information du public sur le phénomène du don et ses répercussions bénéfiques sur le malade receveur, sa famille et la société, ainsi que la méconnaissance de ce type d’activité par certains partenaires et même quelques professionnels du secteur qui ont du mal à participer aux longues étapes du processus, sont également des obstacles qui empêchent le don d’organe de s’améliorer, sans oublier la législation marocaine qui est suffisamment verrouillée, à juste titre, et qui rend parfois difficile la procédure du don et de la transplantation.

Plusieurs membres du gouvernement s’étaient montrés pour la promotion du don d’organe, est-ce que cela a porté ses fruits ?
Certainement, après la déclaration du ministre de la Justice en tant que donneur potentiel, nous commençons à avoir de plus en plus de donneurs aussi bien d’organes que de tissus. Ceci est valable pour toute personne influente qui veut donner le bon exemple, à ce titre je rends un grand hommage à l’acteur Hicham Bahloul, qui est très engagé dans la promotion du don et à qui je souhaite un bon rétablissement après son accident.
Qu’est ce que la banque des yeux a rapporté de plus en matière de don d’organe ? Le bilan est-il positif ?
La banque des yeux, créée au CHU de Marrakech, est une vraie valeur ajoutée en matière de don de tissus (cornée, membrane amniotique, sang du cordon…). Elle assure le traitement, la conservation et la délivrance des greffons selon des normes internationales de qualité et de traçabilité. 
Depuis son ouverture, il y a deux ans, elle a traité une centaine 
de greffons.

Quelles sont, selon vous, les mesures qui doivent être prises pour promouvoir le don d’organes au Maroc ?
Le don et la greffe d’organes est un projet de société avec de multiples facettes qui doivent fonctionner en harmonie. De ce fait, la mesure principale, a mon sens, pour réussir ce projet est la création d’un organisme dont le rôle serait une vraie coordination nationale permettant la centralisation des données (liste de donneurs et de receveurs par organe ou tissu), la facilitation des procédures, l’appui aux centres et équipes greffeuses et la promotion du don dans la société. 

Journée mondiale de la greffe d’organes
Pour la troisième année consécutive, le comité de greffe d’organes et de tissus humains du CHU Mohammed VI de Marrakech célèbre la Journée mondiale du don d’organes. Après l’inauguration de la Banque des yeux à Marrakech en octobre 2011, le CHU a fait du programme de don d’organes et de tissus humains un pôle d’excellence. 
Dans ce cadre et afin de parler de ce sujet, le comité vient d’organiser la semaine dernière une rencontre autour du thème «Tissus humains : un autre aspect de don». Cette rencontre, à laquelle a pris part une palette de spécialistes et de chercheurs, a été l’occasion pour nombre d’intervenants de mettre l’accent sur l’importance de la greffe d’organes et de tissus humains en tant qu’unique issue, du moins pour le moment, pour la plupart des pathologies conduisant à une perte irréversible de la fonction d’organes vitaux, tels que le rein, le cœur, le foie ou le poumon. Et de poursuivre qu’actuellement le don d’organes et de tissus humains s’inscrit dans le cadre des projets de développement de la médecine nouvelle, dans la mesure où il permet d’offrir de nouvelles vies aux gens qui meurent encore sur les listes d’attente de transplantation d’organes.

Publié le : 28 Octobre 2013 – Propos recueillis par Hajjar El Haiti, LE MATIN

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